De poètes en figures de styles

De poètes en figures de styles
Je croise sur ma route des poètes torturés, amoureux, fragiles. Je sympathise avec des écrivains moroses qui ne peuvent plus rien pour sauver leur âme. Ils saignent tous leurs malheurs et leurs bonheurs sur le papier. Nous, lecteurs, accédons à ces mille secrets. Miron qui nous transporte dans un monde d’émerveillement pour la femme, Gauvreau qui nous creuse des questions dans la tête à essayer de comprendre ce qu’il tente de livrer, tant d’autres qui se distinguent par leur originalité et leur propre style.
            Et moi, devant mon cahier créateur, je m’inspire de ces amoureux des vers me prêtant aux jeux de mots, manipulant métaphores et oxymores comme ils me l’ont appris, explorant des avenues inconnues. Les tournures de phrases sont interminables pour m’exprimer, une source inépuisable pour ma plume.
            Ce n’est que récemment que j’ai fait la découverte d’auteurs singuliers, ayant un style différent des autres, ce qui me permet maintenant de me questionner. En effet, des poètes modernes souhaitent éliminer les figures de style de leurs créations. Ils recherchent la simplicité et l’authenticité, donc ne font que nommer les choses comme elles sont. Ceci est tout le contraire de ce qu’on m’a enseigné durant mes deux années de Cégep. J’essaie de me positionner sur cette façon de voir la poésie : un poème sans figures de style peut-il le demeurer tout en déviant des règles établies? Pourquoi ne pas appeler cela de la prose pure et simple? Mon opinion n’est pas encore tout à fait fondée, mais je me permets tout de même de vous partager une ébauche de ma réflexion.
            Je vois tout d’abord les figures de style comme une caractéristique du poème très importante. Elles décorent et agrémentent ma lecture, permettent d’illustrer des sentiments qu’on ne peut nommer simplement. Les images évoquées me font ressentir d’innombrables émotions, m’aident à comprendre l’intention de l’auteur. Mon enseignant de créations littéraires me répétait sans cesse que c’était la plus belle partie des vers. Par une comparaison ou même une inversion, on pouvait éveiller toutes sortes de choses chez le lecteur : peur, haine, souvenirs, frissons, bonheur, etc. Sans cela, le lecteur peut-il être autant interpellé? Je me réponds donc à moi-même par « pourquoi pas? ». Même sans fioritures, les poèmes peuvent véhiculer des sentiments et n’est-ce pas justement là l’utilité de l’écriture? Mettre sur papier son âme entière, étaler au grand jour nos anges et nos démons, évacuer ce surplus d’émotions qui nous submerge jusqu’au cou et tant mieux si le résultat est compris par plus de gens! Si le cœur de l’auteur lui dit de prendre la voie de l’authenticité et de la simplicité des mots sous la forme poétique, c’est selon moi une façon comme une autre d’écrire. La forme importe peu lorsqu’une personne exerce sa passion.
            Écrire est pour moi une pulsion qui ne meurt pas même au fil du temps. C’est un geste impulsif, plein de vérité, une question de survie. La forme sous laquelle ce flot est évacué n’est qu’accessoire. Je crois qu’on en est à un point où il faut redéfinir ce qu’est un poème, remettre en question ce genre littéraire. Il n’est en rien ce qu’il était il y a un siècle. Baudelaire en serait probablement plus que surpris de constater l’évolution de ce mode d’expression! Tant que la forme lyrique est respectée, un poème en vers, en prose, simple ou complexe restera un poème à mes yeux. Bref, à tous les Claude Paradis de ce monde, brisez les règles et suivez votre instinct dans ce chemin sinueux qu’est l’écriture!
 
Jessica Desmarais

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