Les petites portes - un conte de Jan Paquin

Les petites portes - un conte de Jan Paquin
Un conte de Noël de Jan Paquin. Pour consulter ses autres oeuvres, rendez-vous ICI.

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Giselle, 85 ans.

Laurent, 60 ans

 

Giselle - Qui êtes-vous, beau monsieur? Vous travaillez ici?

 

Laurent - C'est moi, maman. Je suis Laurent, ton fils.

 

Giselle - Laurent? Oui, Laurent, mon petit. Comment ça s'est passé à l'école?

 

Laurent - Maman, je suis grand maintenant. Il y a longtemps que je ne vais plus à l'école.

 

Giselle - Tu as grandi si vite! Je ne me souviens plus... Vous travaillez ici?

 

(Laurent, en aparté)

 

Voir partir ses parents est déjà difficile. Les savoir loin de nous alors qu'ils sont bien là est une souffrance atroce. Voilà des années que l'état de ma mère se détériore.

 

Giselle - J'ai eu deux enfants; Marie et Laurent. L'infirmière m'a dit qu'ils viendraient me voir aujourd'hui. Pourvu que Marie prenne soin de son frère! Il est si petit, il pourrait se perdre... Vous travaillez ici? Je ne vous ai jamais vu.

 

Laurent - C'est moi, Laurent, maman, ton fils. Marie passera tout à l'heure, avec les enfants. C'est Noël aujourd'hui.

 

Giselle - Je me souviens des jours de Nöel... La petite porte, vous savez, la petite porte?

 

Laurent - Oui, je connais. La petite porte par où passent les lutins.

 

Giselle - Les lutins et les fées. Combien de nuits j'ai passées à attendre des les voir sortir par la petite porte sur le côté de la bibliothèque? Mais je finissais toujours par m'endormir. Ce n'est pas facile de rester éveillée quand on est toute petite.

 

Laurent - Les lutins et les fées ne se montrent jamais aux enfants. C'est comme le Père Noël, il faut dormir si on veut qu'il nous apporte des cadeaux.

 

Giselle - Une fois, je suis presque arrivée à en voir un. Je me tenais cachée derrière le grand fauteuil rouge. Personne ne pouvait me voir. J'ai attendu, j'ai attendu, j'ai attendu... Après un long moment, j'ai cru apercevoir de la lumière sortir de la minuscule serrure. La petite porte allait enfin s'ouvrir et je surprendrais un lutin ou une fée sans qu'ils s'en aperçoivent. Malheureusement, ma mère est entrée dans le salon. La lumière disparut.

 

Laurent - Comme c'est dommage!

 

Giselle - Oh, mais je n'avais pas dit mon dernier mot! Il ne faut jamais sous-estimer la patience d'un enfant. Je suis restée cachée derrière le fauteuil jusqu'à ce que ma mère reparte et j'ai continué de surveiller la petite porte.

 

(Laurent en aparté)

 

Laurent - Chaque année ce souvenir lui revient à l'époque de Noël. Elle a oublié jusqu'à son propre nom, mais se rappelle encore la petite porte dessinée par son père sur le côté de la bibliothèque. Une porte pour laisser passer les rêves.

 

Giselle - Je prenais bien garde de ne pas faire de bruit et de ne pas bouger. Les fées et les lutins s'effraient facilement, surtout les fées. Au moment où j'allais tomber de sommeil, la petite porte s'ouvrit tout doucement. Une jolie lumière orangée enveloppa le salon. Puis je les ai vus. Oui, je les ai vus comme je vous vois. Deux lutins espiègles et une fée portant de petites ailes transparentes sont sortis. Je voulais leur parler, les toucher, mais en même temps j'avais peur. Que feraient-ils s'ils découvraient que je les observais? Soudain, la fée se dirigea vers moi et se mit à voleter au-dessus de ma tête. Ma cachette était dévoilée. Les lutins éclatèrent de rire en sautillant, amusés qu'une petite fille soit parvenu à les surprendre. C'est alors que j'ai ressenti une étrange sensation. Je rapetissais! Pouvez-vous me croire? Je rapetissais au point que j'en devins toute minuscule. De la même taille que les lutins. Ils m'invitaient à franchir la petite porte.

 

Laurent - L'as-tu fait?

 

Giselle - Oh, mon Dieu! Pas tout de suite. J'avais bien trop peur! Qu'allait-il m'arriver si je traversais cette porte? Allais-je pouvoir en revenir? Je restais là, sans bouger, comme figée et ne sachant que faire. Puis j'ai senti un vent léger sur mon visage. La fée volait juste devant moi en me tendant la main. Sans réfléchir, je l'ai saisi. Nous nous sommes envolés dans la pièce. La fée tourna deux ou trois fois autour du sapin, si haut que je pouvais toucher la tête de l'ange qui le couronnait. Ensuite, elle a plongé et nous sommes entrés par la petite porte.

 

Laurent - Qui y avait-il de l'autre côté?

 

Giselle - Un endroit merveilleux! Un pays plein de couleurs et de gens joyeux. On entendait un choeur chanter des chants de Noël au loin... La, la, la, la... (Sur l'air de Carol of the Bells)

 

(Ici, le choeur pourrait chanter quelques mesures de Carol of the Bells)

 

Laurent - Tu es restée longtemps dans ce pays magique?

 

Giselle - Je ne saurais le dire. Le temps semblait suspendu. Peut-être que je ne suis jamais revenue de derrière la petite porte? Qui peut savoir? Je sais cependant que la petite fille que j'étais alors, elle, s'y trouve toujours. Peut-être qu'un jour j'arriverai à la retrouver. Qu'en pensez-vous, beau monsieur? Vous travaillez ici?

 

Laurent - Bien sûr maman, je suis celui qui fabrique les petites portes. Regarde, j'ai apporté mes outils.

 

(Laurent sort un crayon de sa poche.)

 

(Laurent, en aparté)

 

Laurent - Chaque année elle raconte cette vieille histoire. Ce rêve ancien est devenu si vivace dans son esprit qu'elle le confond avec la réalité. Lorsqu'elle l'évoque, ses yeux brillent encore de l'éclat de l'enfance. Bien hardi est celui qui oserait contredire l'existence des petites portes par où passent les fées et les lutins. Je vais dessiner une petite porte sur le mur, face à son fauteuil. Peut-être retrouvera-t-elle le pays où vit la petite fille qui vole avec les fées? On ne devrait jamais sous-estimer le pouvoir des rêves.

Jan Paquin
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